CONVERSATION AVEC UN BARISTA #1

Je connais les baristas que j’interview pour vous, soit parce-que j’ai partagé des expériences avec eux, soit parce-que j’ai déjà discuté avec eux et à plusieurs reprises de leur passion. Vous pouvez le sentir dans les questions que je pose, l’orientation que je choisis mais aussi dans les réponses que me font les baristas. Pour que vous ne perdiez pas le fil et que vous ayez vraiment la sensation de suivre cette conversation entre baristas, je laisse volontairement une grande partie de mes réflexions et questions visible. J’espère que cela vous permettra de mieux comprendre les expériences partagées dans ces interview...

Bon à savoir : les 10 premieres interviews ont été réalisées avant la toute première publication. Les baristas ne savaient donc pas ce que les autres avaient partagé.

Bonne lecture !

 

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Interview de Brice ROBIN (20/07/17)

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Barista depuis septembre 2015

Brice vient du monde de la pâtisserie. Il est barista depuis deux ans et travaille actuellement chez Passager (107 av. Ledru Rollin, 75011 PARIS), jusqu'à fin septembre. Médaille de bronze du championnat de latte art France 2017 et champion d'aeropress France 2017, il prévoit d'ouvrir son propre coffee shop pour début 2018...

 

Liens rapides : 

 

Ou lire toute l'interview...


 

 IDENTITÉ

Salut Brice ! Salut Albane !

D’abord je voudrais avoir ta « fiche d'identité ». Donc Brice ROBIN, ça c'est facile. Tu as quel âge ? J'ai 22 ans. Je suis un bébé…

Un bébé barista… Tu es parisien ou pas ? Oui, je suis parisien maintenant.

Mais à la base tu viens d'où ? À la base, je viens des Deux-Sèvres, petit pays que personne ne connaît…

Ah bah non, c'est où ça ? Grosso modo, c'est entre Nantes et Poitiers.

Je devrais connaître, je suis de Nantes…

 

FORMATION

Donc toi tu es un reconverti ? Disons que je me suis précisé.

Tu t'es précisé ?? À la base j'étais de l'hôtellerie-restauration. C'est pendant mes études en hôtellerie-restauration que j'ai suivi une formation barista. La société Malongo qui était partenaire avec mon lycée, a un gros pôle de formation au sein de son entreprise. Ils ont proposé une formation à des élèves, dont j’ai fait partie. À partir de là, j'ai commencé à apprendre sur le café, fouiné dans les bouquins...

Et tu t’ais dit « Tiens finalement c'est chouette ! »

Donc tu as fait un CAP pâtisserie ? J'ai fait un CAP pâtisserie, un CAP cuisinier, un bac hôtelier et un BTS hôtelier.

OK, et après tu as bossé combien de temps en tant que pâtissier ? Entre le CAP en alternance, tous les stages, puis une saison... deux ans de pâtisserie et de cuisine.

Et après tu as dit « ça suffit » ? Et après je me suis dit « j'aimerais bien apprendre le café quand même ! ». Enfin apprendre en pratique, parce que je connaissais la théorie mais je n'avais jamais fait de pratique. Donc je me suis dit : « Allez, je monte à Paris et je deviens Barista ».

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PARCOURS

Quand tu as commencé à être Barista, tu avais la formation Malongo derrière toi. Du coup tu as juste postulé dans un coffee shop ? Ou tu as refait une formation ? J'avais aussi fait les concours Malongo quand j'étais au lycée, ce qui m’avais permis d'approfondir le côté théorique. Et après effectivement j'ai juste répondu à des annonces pour des postes de Barista : à l'Arbre à café, à Craft, à plein de trucs. Et j'ai été pris à Craft. Donc ça a été ma première expérience en septembre 2015 !

Tu y as travaillé combien de temps ? C'était un CDD de deux mois. J'aurais pu continuer avec eux, ils m'ont laissé la possibilité de continuer, mais moi je voulais voir d'autres établissements, je voulais apprendre d’autres choses encore, je n’avais pas fini, je ne voulais pas me poser quelque part. Donc je suis allé à l’Arbre à Café.

Expérience fantastique ? Expérience fantastique, parce qu’on est dans une torréfaction, il y a du très bon café, ils ont beaucoup de matériel donc il y a beaucoup de choses à faire. Et j'ai participé au championnat de France de Barista quand j'étais avec eux, en janvier 2016... Donc quatre mois après avoir commencé chez Craft j’étais aux championnat de France avec l’Arbre à Café ! Ça s’est plutôt bien passé ma foi, c'était assez sympa. J'avais un très très bon café, c'était l'avantage de travailler avec l’Arbre à Café. J’y suis resté 3 mois.

Et après tu es allé où ? Après l’Arbre à café je suis allé à Dose, dealer de café, place Monge. Je suis resté 5-6 mois là-bas, jusqu'à ce que mon patron actuel me propose un job à responsabilités (ici). Il m'a proposé d'ouvrir un café, d'être responsable de la carte, des commandes, du café entièrement quoi !

Et tu t’ais dis « mais carrément » ... Voilà : ce que ce que je cherchais c'était avancer dans des postes à responsabilités. Mon but c'est d'avoir mon café aussi très prochainement ! Donc c'était une très bonne occasion pour moi de faire un pas de plus vers cette objectif-là.

Et finalement tu resté un an. Je suis resté un an et je pars fin septembre pour ouvrir un café en fin d’année normalement...

Woop woop !

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POURQUOI BARISTA ?

 Finalement, qu'est-ce qui a déclenché ton envie d’être barista ? Tu as eu les formations Malongo qui t’ont introduient au métier, mais qu'est-ce qui a fait que tu es passé de « c’est fun, je fais ça à côté de mon CAP pâtisserie » à « tu sais quoi, j'arrête la pâtisserie et je commence à travailler en tant que barista » ? En fait, j'ai toujours été vers le produit, déjà. C'est un truc, quand je m'intéresse à un produit, que ce soit le poivre, les variétés de pomme, ce que tu veux, ça m'intéresse. Du coup quand j’ai suivi cette formation sur le café, j’ai découvert qu’en fait, contrairement à ce qu'on nous dit au lycée, il n'y a pas que café Richard et café lyophilisé, il y a un peu plus que ça ! Du coup c'est devenu intéressant. Et disons qu'il y a une accroche qui a été plus brutale sur le café parce que il y a eu une découverte sur ce truc qui était complètement incroyable : alors que je savais très bien qu'il y a plein de variétés de pommes et plein de variétés de poivre, je découvrais qu’il y a aussi plein de variétés de café. Voilà, le café c’était un peu nouveau, du coup ça m’a choqué et je me suis agrippé dessus. J'ai continué à chercher, chercher, et « en fait celui-là il sent le citron, celui-là il sent le chocolat »… ça a attisé ma curiosité ! J'ai continué à fouiller, fouiller, puis à force c’est devenu addictif.

Et du coup tu as voulu travailler avec le produit... Voilà exactement.

Et quand tu dis que tu aimes les produits en général, qu'est-ce que ça veut dire ? C’est que je n'aime pas servir quelque chose dont je ne connais pas l’origine. Je n'aime pas servir un produit pour servir le produit : si je sers un thé je vais m'intéresser au thé que je sers, si je sers un jus de fruits, je vais m'intéresser à la composition du jus. Si je sers…

Mais alors c'est quoi l'intérêt de faire ça ? C’est de remonter à un travail un peu plus artisanal, de savoir un peu plus de quoi on parle… mettre plus passion... Enfin, on est pas là pour juste servir à manger et à boire, on est là pour un peu plus que ça - et c'est d’ailleurs peut-être pour ça qu'on vend le café un peu plus cher aussi ici !

Mais pourquoi Barista, et pas torréfacteur par exemple ? Ah bonne question… Parce que je n'ai pas eu l'occasion d’être torréfacteur encore, et que c’est deux métiers complètement différents surtout !

Tu aurais pu te dire « tiens, j'ai un peu vu le métier de barista, c’est sympa, et maintenant je vais essayer autre chose » ... Peut-être que du coup c'est arrivé un petit peu par hasard... Peut-être que je me suis dit que ce serait un moyen de remonter la chaîne, que « petit à petit on ira vers le torréfacteur, puis vers les plantations » ...

Donc c'est une porte qui était accessible ? C'est une porte plus accessible, ça c'est clair et net. Surtout que, je ne dirais pas que le milieu des torréfacteurs est fermé, mais je dirais qu’ils se connaissent bien mieux entre eux que les baristas, et ils travaillent entre eux... Et encore une fois je pense que ce n’est pas du tout le même métier que barista et que ça demande aussi beaucoup beaucoup d'expérience et de temps avant de connaître ce métier.

Donc le métier de barista, c'est ce que tu connaissais un peu, c'est ce qui t’intéressait, c'est ce qui était là ? Ouais. J'ai aussi appris en théorie sur la torréfaction. Mais encore une fois, sans la pratique...

Ça c’est clair (sous-entendu : sans pratique, on ne peut pas apprendre un métier). Mais j'aimerais beaucoup en faire, parce que en tant qu'ancien cuisinier, cuire des trucs c’est un peu cool quoi ! Donc cuire du café...

Donc d’abord un coffee shop et ensuite éventuellement rajouter un torréfacteur ? Exactement ! (rires)

 

LE MÉTIER DE BARISTA SELON BRICE

Ça va faire deux ans que tu es Barista et aujourd’hui, qu'est-ce que tu préfères dans ce métier ? C'est partager sur ce qu'on sert justement, parler des produits qu’on sert. Ici il y a une grosse partie orientée latte art, que j'adore, même si je ne bois pas de lait. J'adore faire du latte art, c'est un de mes gros kiffs, mais c'est la partie un peu drôle du métier… C'est la partie très rigolote.

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Oui, c’est fun ! Voilà. Mais après ce que je préfère c’est effectivement parler du café et puis goûter avec les gens, partager avec les gens.

Donc rencontrer les gens et leur parler du produit. Exactement.

Donc finalement leur faire découvrir le produit ? Oui exactement. Le meilleur de mes clients c'est celui qui arrive au comptoir, qui vient me demander un café et qui pose des questions sur le café et… Et on en prend un tous les deux… Voilà ça c'est cool. Le partage du café…

Le partage !  Donc c’est parce-que tu aimes le produit que tu es passé dans l'industrie du café spécialité ? Ouais. 

OK alors maintenant avec le recul, tu dirais que c'est quoi un barista ? Déjà, c’est le mec qui extrait le café, on est d'accord là-dessus. Ça c'est la partie sympa du café : tu prépares et sers du café. Mais comme dans tous les métiers de restauration, je passe 30 % de mon temps à nettoyer des tasses, à nettoyer des tables, à nettoyer la terrasse, à ranger des trucs, à vérifier que l’hygiène soit correctement respectée au sein du coffee shop... Donc le café, oui, mais pas que ! Je fais du service, je fais de la caisse, je fais des cakes le matin… Je suis spécialisé dans le café, c'est mon boulot, et personne ne le fait ici. C'est pas ma cuisto qui va faire les cafés, mais il faut que je sois capable d’aider ma cuisto, de servir les cafés, d'avoir le contact clientèle...

Donc c’est : un professionnel de l’extraction... Oui. Mais qui soit restaurateur avant tout.

Donc ça reste un restaurateur. Ça veut dire notions de service client et notions de... de quoi ? Service, encaissement, règles d’hygiène. Et ça c’est très important parce que ça ne concerne pas nécessairement le café, mais on utilise quand même du lait qui reste un produit sensible ; tu sers des gâteaux avec des dates de consommation à respecter ; il y a de l'hygiène sur le plan de travail à avoir ; il y a le nettoyage de nos ustensiles... Enfin on est les premiers à crier qu’il faut nettoyer les machines, mais si ça s'arrête là c'est un peu triste !

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COMMENT ÊTRE UN MEILLEUR BARISTA SELON BRICE

Pour toi qu'est-ce qui distingue un bon barista des autres ? Qu'est-ce qui fait qu'un barista va être au-dessus des autres baristas ? L’ouverture.

C'est-à-dire ? Partir avec un a priori sur le torréfacteur, le café ou un coffee shop, je trouve que c’est s’enfermer dans sa bulle. Pour moi, à chaque fois que tu sors de ta « zone de confort », que tu te mets en difficulté, ou que tu vas creuser, chercher ailleurs, tu es déjà sur la bonne voie.

Donc c'est quelqu'un qui va chercher à apprendre en permanence ? Oui exactement : c'est continuer à avoir ce petit côté passion qui ressort. Pour moi, si tu restes enfermé dans ta bulle et dans ton coffee shop, à faire ton petit café et à dire « moi je suis le meilleur, je l’extrait comme ça et il est comme ça et il est parfait » tu as tout faux.

Et puis tu te figes et tu n'évolue plus… Voilà. Il y a beaucoup à apprendre sur ce produit-là, entre les températures, les variations de pression, les quantités d'eau, les ratios, les… que sais-je... les différents types de torréfaction, en amont tout le travail des producteurs, enfin bref ! Les possibilités sont infinies sur un seul café et je n’imagine même pas sur tous. Donc se limiter c’est... c’est dommage.

Oui, ok.

Est-ce qu’il y aurait-il un conseil que tu donnerais aux apprentis baristas (ceux qui veulent être barista ou ceux qui le sont déjà mais qui en sont au tout début) ? Par exemple est-ce qu'il y a quelques choses que toi tu aurais aimé qu’on te dise ? Oui carrément ! Et on me l'a dit d'ailleurs. Pour moi c’est : allez-y, bougez, allez voir les gens, communiquez ! On a un métier de contact, de clientèle, donc allez-y, parlez, discutez, parlez du café… Et ne restez pas fermé, encore une fois.

Donc comme c'est un métier de clientèle, un métier de communication, tu dis qu’il faut aller voir les autres, qu’il faut aller à la rencontre des gens... Mais tu veux dire aller dans les coffee shops ? On a souvent des shifts qui ne finissent pas à 20 heures le soir quand même, donc il y a des coffee qui sont encore ouvert... Une fois par semaine, aller decouvrir un nouveau Coffee Shop et puis discuter avec le mec, dire qu’on est un barista (parce-que tout le monde se connaît et que c'est un petit métier : on est encore une industrie à taille humaine donc on peut encore dire « voilà je travaille à tel endroit, tu connais telle personne telle personne, telle personne ») et discuter du café. Discuter de comment il l’extrait, voir la différence, voir les différences de machine...etc.

Et l’autre conseil c'est d’aller aux événements qui sont organisées par le RBF, les différent torréfacteur (les cuppings par exemple).

Pourquoi tout ça alors ? Pour élargir son palais : plus on goûtera en cupping et meilleur on sera pour reconnaître un café nature, un café lavé, pour différencier un Ethiopien d’une autre origine...  Alors c'est pas forcément l’objectif de goûter tous les cafés à l’aveugle mais c'est bon pour la culture d’un barista de goûter différents café je pense. Quand même, quand on en sert !... Un sommelier qui ne boit pas de vin c’est un peu con quoi... Mais je ne fais pas le rapprochement entre un barista et un sommelier, je m’engage pas !

Ahah, attention... Je ne m’engage pas pour assimiler ces deux professions !

Ah non ? Alors pourquoi ? Tu as une opinion sur le sujet ou pas ? Oui : on est tous les deux des professionnels d’un produit, sauf que nous on a la responsabilité de l'extraction du produit, ce qui n'est pas le cas du sommelier qui va servir un produit fini. Nous on a pas un produit fini. On a encore une responsabilité, on est le dernier maillon de la chaîne.

Et c'est quoi l'intérêt d’aller rencontrer les autres Baristas, d'aller voir les autres lieux, d’aller rencontrer les autres professionnels du café ? C'est de pouvoir expérimenter différents matériels, voir les différences de café, de réglage...

Donc c'est apprendre à leur contact ? Oui exactement, on apprend toujours mieux au contact des autres que tout seul. Tout seul, même en ayant les meilleurs bouquins du monde, la meilleure machine du monde, ça suffit pas. 

Donc c’est apprendre via la rencontre... Encore une fois sortir de son univers pour aller voir celui des autres, et du coup pour élargir son propre univers.

Un autre conseil ? Kiffez bien.

Donc prendre du plaisir c'est important... Prendre du plaisir dans son boulot c'est important.

Surtout quand on est avec ses clients ! Oui exactement. Si tu fais pas ton boulot par plaisir, il ne faut pas le faire. Et c'est un beau métier qui a plein d'avenir, je pense qu'il faut continuer dans cette voie-là, on est bien parti en France.

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LES CHALLENGES RENCONTRÉS PAR BRICE

Quel est ton plus grand challenge en tant que barista ? Mon plus gros challenge, c'est éduquer le client. C'est pas facile, les gens ne sont pas toujours ouvert. Ce ne dépend pas toujours de leur âge. Ça dépend des gens, il y a des gens qui sont très butés... Et il y en a qui veulent qu'on allonge le café avec la machine, et pas avec de l'eau à part... Donc c'est compliqué des fois de leur expliquer qu’on ne peut pas faire ça, que sinon il y aura telle ou telle conséquences sur l'amertume etc. C'est compliqué des fois d’exprimer que, bah oui, effectivement un café filtre que chez nous, ça prend un peu plus de temps. C'est compliqué de leur dire qu’un café c’est pas amer mais c'est plutôt acide à la base et qu’on cherche un équilibre...

Donc toi en fait ton challenge de barista c’est éduquer les gens. Pourquoi tu penses qu’il faut les éduquer ? Parce que je pense qu'on est dans un pays gastronomique où on sait à peu près parler de tout : du fromage, du vin, de la viande, des légumes... On a des AOC, des AOP, on a des producteurs qu’on connait maintenant (tu vas dans un resto gastronomique, il y a les patates de Monsieur machin). Mais le café c'est encore du Lipton et du Lavazza à la fin du restaurant gastro. Je trouve ça un peu dommage, j'aimerais bien que les gens se rendent compte que c'est un élément de plus à ajouter à la panoplie des produits gastronomiques.

Donc faire découvrir le café comme un nouveau produit... Exactement ! Comme un produit important surtout.

 

LE RÔLE DU BARISTA AU SEIN DE LA CHAÎNE DU CAFÉ DE SPÉCIALITÉ D’APRÈS BRICE

Comment est-ce que tu vois ton rôle au sein de la chaîne du café ? C'est-à-dire que pour toi, c'est quoi le rôle du barista par rapport aux autres acteurs de la chaîne ? Je suis un maillon comme un autre dans la chaîne. Comme un autre c'est-à-dire : tout aussi important que le fermier ; tout aussi important que l'exportateur qui va avoir la charge de maintenir la qualité du café et qui le transporte ; tout aussi important que le torréfacteur qui va devoir torréfier correctement son café en le respectant et en trouvant la meilleure courbe de torréfaction pour ce café-là ; aussi important que le mec en vélo qui emmène le café au coffee shop... Donc voilà. Nous on est le dernier maillon, on est celui qui a la responsabilité de tous les autres juste avant, et il ne faut pas se craquer. Parce qu'effectivement, il y a eu des heures et des heures et des semaines de passées sur le triage du grain, le lavage, le séchage... Toutes ces étapes-là sont importantes : elles font qu’on a un café qui est correct, qui a une qualité, et qu'il faut extraire maintenant correctement. Donc c'est à nous de jouer notre rôle de dernier maillon, de trouver la bonne recette, de l’extraire correctement et de respecter tous les principes qu’on connaît du barista pour que le produit soit respecté jusqu'au bout et que le client puisse l’apprécier à sa juste valeur.

C'est pour ça que tu es dans ma liste de Barista à interviewer ! (rires)

Quelle a été ta meilleure expérience client avec un barista ? Qu'est-ce qui a fait que ça a été une expérience pendant laquelle tu t’es dit « Ça c'est un super Barista » ? Quelle a été ta meilleure expérience client avec un barista ? Je pense pas que j'en ai une en particulier. Mais c'est le rôle dont je te parlais tout à l'heure : le client va au comptoir, il prend un café, et ça commence à parler café, et finalement le barista en prend un aussi, on goûte ensemble, on goûte autre chose parce qu'il me parle de de tel ou tel truc, et finalement ça dure des plombes parce que tu te mets à goûter quatre cafés différents, et que t'as découvert plein de choses, et que t'as appris plein de choses, et t'as partagé ce que tu savais… Et voilà. Je me suis retrouvé dans cette situation-là aussi. La dernière fois c'était il y a deux jours à République of Coffee (2 bd Saint Martin, 75010 PARIS).

Avec Pierre-Jacques ? Je suis passé et Pierre-Jacques m'a fait trois cafés, et deux trucs expérimentaux... Alors il y en a deux qui étaient dégueulasses et il y en a deux qui étaient supers. Voilà : on fait des essais. C'est pareil, il teste, il cherche, il creuse... C'est quelque chose que j'aime beaucoup.

D'accord, donc ta meilleure expérience client c'est quand le barista t’ouvre un univers et qu'il est dans le partage. Ouais exactement, le partage.

OK, ta meilleure expérience café ? Est-ce que tu te souviens du meilleur café que tu as eu ? Ouais, étonnamment : c'était pour les championnats de France de Barista. C'était le café de l'Arbre à Café, c'était un Kona d'Hawaï. Je n'ai jamais retrouvé un terroir pareil. Hawaï c'est un terroir un peu méconnu, les cafés sont assez chers en plus là-bas. Ce café était tellement propre, il avait des notes très identifiable de cannelle, de tabac, de poivre, et j'avais fait une boisson signature autour de ça… Enfin voilà, c'était un café que je reconnaîtrais entre 1000 encore aujourd'hui. Malheureusement la fermière a vendu sa production donc il y a peu de chance que j'en retrouve. Mais ça reste un souvenir assez exceptionnel.

Et le premier café de spécialité que j'ai goûté à Craft : c'était un Salvador de chez Café Lomi, qui avait un goût d’orange très marqué. Voilà.

Et donc ça c'était en septembre 2015 ? Oui, 2015.

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UNE RECETTE D’EXTRACTION FAVORISÉE PAR BRICE :

As-tu une méthode d'extraction favorite ? Le filtre, le matin. L’espresso, le reste de la journée. Mais l'espresso c'est ce qu'il y a de plus compliqué à préparer.

Mais qu'est-ce que tu préfères boire ? Je préfère boire un filtre. Voir un cupping.

Donc tu préfères le cupping. Espèce de barista va ! (rires)

Alors est-ce qu'il y aurait une autre méthode douce que tu aimerais à part le cupping ? Je suis très v60 (Hario) mais c'est surtout parce que je n'ai que ça. Il faudrait que je m'achète un peu plus de matos... Enfin « j’ai que ça » : j'ai des Frenchpress (cafetière à piston), j’ai des Chemex, ... etc, mais je ne suis pas allé jusqu'au Kalita, je n'ai pas tout essayé. Je pense que ça me manque. Bref.

OK donc v60. C'est quoi ta recette de base ?Je fais toujours le ratio de base, 60g de café pour un litre d’eau. Donc en général je fais 15g de café pour 250g d'eau. À 92°C. Je fais tout dans les règles pour que ça coule en 2min30 à 3min.

Tu verses en combien de fois ? Je verse en deux fois. Je fais une pré-infusion de trois fois le poids du café pendant 30 secondes.

Tu mélanges ? Je mélange. Et je rajoute le reste de l’eau jusqu’aux 250g quand le chronomètre atteint 30 secondes.

Je me calibre tout le temps sur un truc de base, et à partir de ça j'essaye de voir ce que je peux améliorer : si ça manque de corps, s’il y a trop d'acidité, s’il n'y a pas assez d'équilibre... etc. Je fais une recette de base et après je m’adapte en fonction du type de café.

Très bien. Un café favori ? Un sur lequel tu reviens à chaque fois parce-que tu sais que tu es plus à même de l'apprécier ? Idido d'Éthiopie. C'est le premier café avec lequel j'ai bossé avec Five Elephant. C'est un bout de tarte, de cake.

Un goût de gâteau alors !? Ah oui ! un gâteau très sucré, une tarte un peu fruité, florale... Alors une tarte aux fleurs ça existe pas mais... c'est très sucré... un côté très pâtissier.

Et tu la regoûté depuis ? Oui.

Et à chaque fois il y a ça ? À chaque fois il y a ça chez Five Elephant. Coffee maker de Lille fait aussi un très bon Idido.

Et pareil, avec un gout de gâteau aux fruits ? Non. Un peu plus floral.

Donc c'est plutôt le côté fruité, sucré, floral qui te plaît dans ce café... Le café parfait pour moi, il est fruité et floral avec du corps du sucre. Surtout avec du sucre ! Dans toutes les extractions ce que je rechercher c’est le sucre.

OK, le sucre avant tout !

D’après toi, et rapidement vu que tu es en plein service et que tu as déjà couvert une partie de la question : qu'est-ce qui rend le métier de Barista indispensable ? Ben là on est dans un coffee shop donc forcément il faut un barista pour faire du café... Mais au-delà de ça, on consomme du café partout et à toute heure : le matin, le midi, l'après-midi, même le soir des fois, en cocktail… Donc l’utilité du Barista elle est là : il nous faut un spécialiste pour ce produit-là.

Pour l'extraire de la meilleure des façons ? Voilà. On a un barman pour faire des cocktails, un restaurateur pour un restaurant…. C'est un métier parmi tant d'autres au sein de la restauration.

Est-ce que tu veux ajouter quelque chose ? Tu veux un café ? 

 

 

Merci beaucoup Brice pour avoir pris le temps de répondre à toutes ces questions !

 

☕️👌🏼

 


À propos de l'auteur

 
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Albane THÉRY est barista, formatrice, consultante et fondatrice de Baristas et Associés. Elle découvre la culture du coffee shop à Sydney en 2011 puis suit une formation barista avec Talor Browne et Kevin Ayers chez Coutume Café (Paris 2012). En savoir plus sur Albane...

 

Albane THÉRY

Baristas et Associés, Paris, Île-de-France,

Albane THÉRY est barista, formatrice, consultante et fondatrice de Baristas et Associés. Elle découvre la culture du coffee shop à Sydney en 2011 puis suit une formation barista avec Talor Browne et Kevin Ayers chez Coutume Café (Paris).

Revenue à Sydney, elle y pratique le métier de Barista pendant deux ans dans des coffee shops de spécialité. Elle rentre à Paris en 2014, où elle est en charge de la marque Café Compagnon. puis fait l'ouverture de Café Oberkampf.